Saint Monon

      

       Saint Monon, Patron de Nassogne dont on trouve trace dans plusieurs autres églises de ce coin de Belgique, est né en Écosse vers l’an 600.  On rapporte qu’un jour, alors qu’il se sentait accablé de fatigue, il vit un ange qui lui signifia :

     « Monon, fidèle serviteur de Jésus-Christ, Dieu très-haut te commande d’aller sans délai en Gaule et d’y chercher dans la forêt des Ardennes le lieu appelé Frydier -Freyr actuellement-, endroit arrosé par la fontaine Nassonia.  Après que tu l’auras trouvé, tu t’y arrêteras et y feras la place de ton repos jusqu’au jour du jugement. »

 

     C’est ainsi que cet homme pieux vint chez nous, comme le firent d’ailleurs à l’époque de nombreux missionnaires partis des îles britanniques pour le continent. Cependant, pour être sûr de ne pas être victime d’une tromperie, Monon demanda humblement à Dieu de renouveler son message deux fois encore puis, rassuré, se rendit à Rome afin de recevoir le diaconat et les grâces nécessaires à l’accomplissement de sa mission.  Il y rencontra le 7e évêque de Tongres-Maestricht, Jean, surnommé l’Agneau, et l’accompagna dans son diocèse quelque temps avant de se rendre en terre de Nassogne, qui était à l’époque peu habitée, fort sauvage et rustre.

     Aidé d’une clochette ancienne déterrée inopinément par un porc en quête de nourriture, Monon appela les habitants du coin pour l’aider dans ses travaux. Or, curieusement, cet instrument insignifiant et grossier se fit entendre à plus d’une lieue à la ronde et remplit tant et si bien son office qu’elle fut conservée précieusement par les fidèles jusqu’à nos jours.

     Voyant les vertus de cet ermite, les autochtones l’aidèrent à construire une chapelle et à défricher la terre alentour, devenant au fil du temps de plus en plus nombreux à venir présenter leurs offrandes et prières au Seigneur. Des bénédictions leur furent accordées et le pays évolua et se sanctifia. Monon s’attira cependant la haine de certains, irrités par ses exhortations et ses vertus, tant et si mal que des bûcherons le firent périr à coup d’épée ou de coin à fendre le bois, le 18 octobre 645, dans son ermitage. Dès lors, les gens virent nombreux demander l’intercession de leur bienfaiteur et martyre, Dieu accordant visiblement de nombreuses grâces à son serviteur.  Pépin le Bref, le premier visiteur de marque du tombeau de saint Monon, fit des donations qui permirent de créer un Chapitre, lequel subsistera jusqu’à la Révolution française.

     Empreinte de folklore et de foi, la Procession des Remuages de Saint-Monon se déroule chaque année le premier dimanche qui suit l’Ascension. Après la célébration eucharistique, la châsse de saint Monon est transportée en procession animée par la fanfare, de la collégiale jusqu’à la chapelle Saint-Monon, lieu où il aurait été assassiné.  Il s'en suit des festivités qui rassemblent de nombreux habitants et des gens venus d'ailleurs.

 

Voici le cantique qui lui est dédié et entonné depuis des générations :

  1. Au temps où le grand bois chenu

couvrait la plaine et la montagne,

parmi nous vous êtes venu

de votre contrée lointaine ;

Et aussitôt à votre voix

dès que résonna votre cloche,

voici le peuple qui s’approche

pour s’incliner devant la croix.

R/      Ô grand martyre, Ô saint Monon

Nous prions Dieu en votre nom :

pour nos champs et pour nos villages,

pour nos troupeaux aux pâturages,

pour le blé qui lève au sillon…

Protégez-nous, Ô saint Monon !

2. Dans la retraite de ce lieu

désigné par la Providence

Vous disiez en parlant de Dieu

la grande loi de la souffrance ;

Puis voulant joindre aux mots si vains

l’exemple qui parle et attire

vous couronnâtes du martyre

votre labeur grave et divin  R/ 

 

 

3. Mais votre miraculeux sang

ainsi qu’une sainte semence

par le secours du Tout-Puissant

fut le bon germe d’espérance

qui leva bientôt dans les cœurs ;

Et votre mort, un temps fit taire

ainsi qu’un geste salutaire

toute haine et toute rancœur  R/ 

 

 

4. Depuis lors, pour votre bonheur,

on vit mille et mille prodiges

qui s’opéraient en votre honneur ;

Et tous ceux que le mal afflige

dans leur cœur, leurs biens ou leur corps

vous imploraient par leurs prières ;

Et soulagés de leurs misères

ils vous quittaient joyeux et fiers  R/ 

 

 

5. Comme au temps de Pépin, grand roi,

voici la foule des fidèles,

qui vient débordante de foi,

vous prier le cœur plein de zèle.

Ô saint Patron, donnez à tous

les grâces que chacun implore ;

et que nul d’entre eux ne déplore

d’avoir eu confiance en vous.  R/ 

 

 

 

NG, octobre 2020